Hakusan

+1350m / -1350m / 14km

On ne travaille pas ce vendredi. On part de la gare de Nijo à 6h59 et on change à la gare de Kyoto pour prendre le Thunderbird, un train express qui va jusqu’à Tsuruga, à la pointe Nord du lac Biwa. On monte ensuite dans un train local jusqu’à Fukui. Là-bas, on récupère une voiture de location et on roule jusqu’à Bettodeai, le point de départ de la randonnée. On arrive vers 12h.

On déjeune sur l’une des tables de pique nique et on se met en route. Le départ de la randonné est matérialisé par un tori, suivi quelques mètres plus loin d’un long pont suspendu qui traverse un vallon. Après quoi, ça grimpe. Il ne faudrait pas que le plat dure trop longtemps…

On marche d’abord dans une forêt de feuillus assez agréable. Après l’aire de repos de Nakahanba, on évolue est dans une végétation plus dense qui bloque totalement la vue. Le chemin devient plus étroit, réduisant les possibilités de croisement. Il devient aussi plus technique: il y a des escaliers en pierre plus ou moins bien formés, et des formations de racines ou de rochers plus imposantes qui cassent le rythme. C’est assez pénible, et ça dure un bon moment. On arrive enfin à l’abris Jinnosuke pour une petite pause. On pensait trouver une boutique ou même un distributeur de friandises mais c’est vraiment spartiate. Des toilettes, un point d’eau glaciale, et une salle commune avec quelques bancs en bois.

Jinnosuke et sa terrasse

De retour sur le chemin, la végétation devient plus basse et on voit enfin aux alentours. Le soleil est bien caché et des nuages commencent à passer au-dessus de la montagne voisine… La pente s’adoucit un peu alors qu’on évolue sur une jolie section en balcon.

Les nuages arrivent vite

Puis on emprunte un escalier bien raide qui serpente jusqu’au rocher Kurobokoiwa, un gros caillou prêt à plonger dans la vallée. On attend quelques minutes mais il reste en place, et on repart. Le chemin s’ouvre sur un plateau qui offre une vue de choix sur le mont Hakusan. Le paysage est enchanteur: des arbustes jaunes, oranges et rouges sont parsemés au milieu d’une prairie verdoyante. Les nuages qui arrivent rendent le tout spectaculaire.

Un dernier effort et nous voilà au Murodo Center vers 17h15. C’est un ensemble de bâtiments comprenant une caféteria, un temple, des dortoirs et des toilettes (séparées donc). Dans le bâtiment principal on trouve aussi une échoppe vendant quelques souvenirs du coin.

On dine rapidement et on rejoint nos futons. On se prépare pour la nuit en étalant nos draps de sacs entre un matelas fin et trois couvertures. On se connecte quelques instants pour constater que les prévisions météo du lendemain se sont dégradées. On décide quand même de tenter le lever de soleil au sommet, à être là… On met le réveil et on éteint les lumières vers 19h30. Il fait froid, je m’habille davantage. La lourde porte coulissante menant vers l’extérieur (et les toilettes), n’arrête pas de coulisser. Même les bouchons d’oreille ne masquent pas le remue-ménage des autres pensionnaires. Entre les couches de vêtements, le poids des couvertures et la largeur modeste du drap, tout mouvement est difficile. En vérité je crois que je déteste ce qui ressemble de près ou de loin à un sac de couchage. Bref, malgré la fatigue, il est très difficile de fermer l’oeil. Je repense avec amertume à la nuit passé sur le mont Fuji… Je dors 3 heures environ, et quand l’alarme sonne à 4h, je suis impatient de passer à autre chose. Le soleil doit se lever à 5h40, et il faut compter une quarantaine de minutes pour monter au sommet.

Le Murodo Center sous le pic principal

On refait nos sacs et on sort. La lumière de la frontale se perd dans une infinité de gouttelettes qui virevoltent. C’est joli mais on ne voit rien d’autre. On est dans un nuage. On marche à tâtons dans l’obscurité et le froid vers le départ du chemin menant au sommet. On distingue le temple, mais où est le chemin ? On regarde sur la carte mais c’est déjà mauvais signe. On ne voit rien à plus de 3 mètres, je n’imagine pas monter au sommet dans ces conditions. D’autant qu’on serait seuls. À part un couple partit 5 minutes avant, il n’y a personne d’autre sur la ligne de départ. Tant pis le lever de soleil, on retourne à l’intérieur et on attend le jour. Quand on ressort, tout est gris, mais on voit maintenant à 20 mètres. Super !

On essaie de rejoindre à pied les petits lacs qui se trouvent entre les trois pics du mont Hakusan. Après 30 minutes, on abandonne. Le décor a l’air sympathique, mais comme le brouillard persiste, on ne peut pas en profiter. De retour au Murodo Center, on prend le petit déjeuner à 6h30. Il s’est mis à pleuvoir entre temps et, apparemment, ça va encore se dégrader. Il faut descendre.

Avec l’eau, les pierres sont devenues glissantes. On attaque donc la descente avec prudence vers 7h30. On repasse par le rocher Kurobokoiwa qui est toujours là, puis on se retrouve dans les escaliers sinueux exposés à la pluie et au vent. C’est loin d’être idéal. La partie suivante, en balcon, se passe mieux. On s’abrite quelques minutes à Jinnosuke, qui connaît un grand succès. On se repose un peu, j’essore mes gants avant de les ranger, et on continue.

La portion suivante est la plus difficile. Le chemin déjà tortueux à l’aller est horrible au retour. Sans point de repère, tout se ressemble. J’ai l’impression de faire en boucle le même enchaînement de deux ou trois virages. Le manque de sommeil et la vigilance permanente pour éviter de glisser n’arrangent rien. Qu’est-ce que c’est long ! J’ai vu l’autre jour une vidéo avec le photographe Jérémie Villet, qui disait à son compère alors qu’ils se préparaient à dormir dehors dans la neige: “le confort ça ennuie, ça ne crée pas d’émotion.. là t’es en train de te fabriquer un souvenir, non ?” Certes, je crois que je m’en souviendrai.

J’aperçois enfin le toit du petit bâtiment de Nakahanba, je l’ai sacrément espéré celui-là ! Courte pause. Il pleut toujours mais la dernière section sous les feuillus est plus praticable. Entre deux arbres, on aperçoit le pont suspendu en contrebas. On croise des marcheurs qui débutent leur ascension, on se demande s’ils savent à quoi s’attendre. On termine doucement et on arrive à Bettodeai vers 13h. Il pleut à verse. On mange le bento récupéré au Murodo Center sous le porche du centre d’accueil.

Après quoi on récupère la voiture et on rentre à Fukui. On passe la nuit dans la ville avant de rentrer à Kyoto par le chemin inverse. On profite du confort de l’hôtel et de ses bains chauds perchés au dernier étage. Il y a un bain en extérieur, et même un sauna. Sentir la pluie fraîche tout en se relaxant dans une eau à 40° fait un bien fou. Je m’en souviendrai aussi !

Même si la randonnée a été éprouvante et quelque peu ingrate, je suis content d’avoir pu passer du temps dehors au bon air. Le matériel nous a tenu au chaud et à peu près au sec. Et surtout, on ne s’est pas blessés. J’aimerais retourner à Hakusan sous un ciel plus clément, pour profiter plus amplement de ses paysages et de son environnement.

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Une réponse

  1. Corinne

    Le sentier qui serpente semble redoutable ! Les paysages sont magnifiques, sauvages, les vues spectaculaires ; et ce sommet à la fois si proche et inaccessible… Oui Hakusan mérite sans aucun doute un retour par meilleur temps !
    Randonnée très exigeante, surtout sous la pluie ! Bravo à vous deux !